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Accueil Mélibée L'édito du mois Mai 2016

Mai 2016

Mai 2016 : Ces films à la page

Alors que le gratin mondial du cinéma s’est donné rendez-vous sur la Croisette, le monde des lettres se voit relégué par les médias, l’espace de quelques jours, au second rang des arts raconteurs d’histoires. Si le cinéma et la littérature n’ont pas le même langage, ils partagent de nombreuses aspirations et sont souvent associés à juste titre. Jean Cocteau, écrivain et réalisateur, n’affirmait-il pas que « le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière » ?


Depuis son origine, le septième art a toujours trouvé dans la littérature une source d’inspiration intarissable. Dans sa vocation à raconter, il est un enfant de la littérature, un fils prodigue qui, las du giron de sa mère, s’en est allé découvrir le monde, dilapidant par moments la richesse maternelle, mais ne renonçant jamais à perpétuer cet heureux héritage. Les producteurs de cinéma sélectionnent, trient, prélèvent allègrement dans la matière littéraire. Ils débitent cette matière, s’y taillent des scénarios, tantôt avec la grossièreté du coutelas, tantôt avec la précision du bistouri.


Le résultat d’une telle opération n’est pas toujours des plus heureux pour le principal intéressé. Que l’on songe par exemple à Marguerite Duras, qui était tellement en désaccord avec la manière dont Jean-Jacques Annaud avait adapté L’Amant à l’écran, qu’elle décida d’écrire une seconde version de son roman (L’Amant de la Chine du Nord), pour ne pas laisser le dernier mot au cinéaste. Mais il arrive également que l’écrivain voie dans l’adaptation cinématographique de son œuvre un prolongement naturel de son travail. Ainsi, Umberto Eco avait quant à lui adoubé le même Jean-Jacques Annaud lors de l’adaptation du Nom de la rose, lui déclarant : « il y a mon livre, il y aura ton film ».


Quoi qu’il en soit, même une adaptation jugée trop infidèle par l’écrivain à l’esprit de son livre n’en demeure pas moins une aubaine commerciale pour lui. C’est pourquoi le cinéma jouit d’une forme de pouvoir arbitraire sur le monde des lettres. Une adaptation cinématographique largement médiatisée entraîne dans son sillage un gain de médiatisation pour le livre. Chaque plateau télé des acteurs, chaque article de presse, chaque diffusion de la bande-annonce est une occasion de rappeler au public son existence antérieure. Alors cela vaut bien quelques compromis esthétiques…


D’autant plus que le prolongement de la littérature dans le cinéma ouvre de nouvelles perspectives à la création littéraire. La substitution du cinéaste à l’écrivain dans le devoir de raconter des histoires permet à ce dernier d’être en partie dispensé de ce devoir. Beaucoup de lecteurs étant également des spectateurs, leur besoin d’histoires est abondamment satisfait par le cinéma ; ce qui a fait évoluer certaines de leurs attentes à l’égard de la littérature. Bien sûr, l’écrivain sera toujours un raconteur d’histoires, mais l’appui du cinéaste dans cette fonction lui confère la légitimité d’explorer des voies de la création plus directement liées au travail sur le style, sur la forme de son art.


Grâce au cinéma, la littérature n’a-t-elle pas gagné définitivement le droit d’exister aussi par sa seule forme et non en tant que simple support de récits ?


Du reste, parce que la littérature a également ce pouvoir réjouissant de raconter le cinéma, comme pour lui rappeler qu’elle garde un œil sur lui, je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’essai remarquable de Michel Jacquet sur l’Occupation dans le cinéma français, qui est paru aux Éditions Mélibée. Le Festival de Cannes y est évoqué à travers Le Pianiste de Polanski, palme d’or en 2002.

 

 

 

 

Julien Chabbert

Responsable d’édition